Dictée du Pacifique 2017

 

L’Alliance Champlain, dans le sillage de la Croix Rouge qui a longtemps porté cet évènement culturel,  organisait pour la 2e fois, cette année, la Dictée du Pacifique.

Ce rendez-vous prisé des Calédoniens amoureux de la langue française et de la belle orthographe fut honoré, malgré le temps magnifique qui appelait plus au farniente et aux douceurs de la plage, qu’à une épreuve de français.

La Dictée ne pourrait être organisée sans le soutien et l’aide de nos parrains et partenaires
que nous remercions chaleureusement.

              

 

                                                                                              

                                                                                              

C’est de bon matin, le samedi 18 mars qu’une équipe de l’Alliance Champlain a préparé la salle : disposition et habillage des tables/tréteaux et mise en place de notre banderole qu’encadre joliment les grandes tentures aux couleurs de la France. Tandis que des techniciens de l’OPT étaient présents pour mettre en place le dispositif radio de retransmission en direct de la dictée.          

                                                                                                                               

Plus d’une soixantaine de personnes dont de tous jeunes compétiteurs se pressaient à l’accueil assuré par Laly Mayereau et Michèle Beaudeau, membres du bureau de l’Alliance Champlain.

                     

   

Après le discours de bienvenue de Daniel Miroux, le Président de l’Alliance Champlain et le rappel des règles du concours, chacun ayant pris place et préparé sa copie, la compétition commença dans le calme le plus absolu. La chaîne de radio-télévision calédonienne NC1ère était présente pour filmer le concours tandis que la dictée était retransmise en direct pour les auditeurs éloignés de Nouméa ou n’ayant pu se déplacer.

       

Le texte a été choisi par l’Alliance Champlain à partir du superbe ouvrage de Jacqueline Sénès, journaliste, animatrice de radio dans les années 50-60-70, intitulé L’Ile aux cents visages. Durant des décennies, l’écrivaine a parcouru la Nouvelle-Calédonie dans tous ses recoins, visitant les villages kanak, rencontrant les dépositaires de leur coutume ancestrale.  De sa prose émane la puissante odeur des foyers allumés dans les cases, se mêlant au fumet des bougnats et au parfum des niaoulis et des mimosas en fleur. L’extrait sélectionné évoque la démolition de rochers dressés en forme de totems naturels lesquels avaient sans doute une signification profonde pour les tribus avoisinantes dont la tu-tutte appelait aux grands rassemblements.

La dictée a été lue par Yannick Petre-Hickson, vice-présidente de l’Alliance Champlain.

La correction a été commentée par Cécile Briand, membre de l’association, professeure au Lycée du Grand Nouméa.

Le texte qui fut déroulé en détail au moyen d’un diaporama préparé par un membre de  l’association, ne présentait pas de difficultés particulières. Les noms propres ont été épelés, la ponctuation bien marquée. La dictée était même un peu moins longue que celle de l’année précédente tirée d’un magnifique extrait d’un ouvrage de Jean Mariotti, écrivain cher aux Calédoniens.

Afin de départager les candidats ex aequo, un paragraphe rédigé par Ghislaine Rivaton, la secrétaire-générale de l’Alliance Champlain, comportait, outre un imparfait du subjonctif, des mots rarement employés tels que artéfact, calembredaine, loriquet et surtout les  termes hispide et bergauté(e). Si le premier de ces deux adjectifs était connu par deux des trois ex aequo dont on peut souligner la grande érudition, aucun n’a pu écrire correctement le second qui décrit un objet incrusté de nacre.

Les gagnants de l’édition 2017 de la Dictée du Pacifique sont :

1er prix : Mme Huguette TILLIER, qui gagne 2 bons d’essence d’une valeur de 5 000 F offerts par la Cie Total Pacifique

2e prix : Mme Patricia JOUVE, qui gagne 1 bon d’essence d’une valeur de 5 000 F offert par la Cie Total Pacifique

3e prix : M. François FOURMANTELLE, idem.

D’autres petits cadeaux préparés par l’Alliance Champlain et ses autres partenaires tels que la Banque Calédonienne d’Investissement qui a fourni les stylos, ont complété les récompenses, les jeunes n’étant pas oubliés.

                                                                                                      

 Cette 2e édition de la Dictée du Pacifique fut riche encore d’expérience pour l’Alliance Champlain et de bons moments partagés avec les amoureux de notre langue dont la bonne humeur et l’humour ont enchanté les organisateurs.

Ce rendez-vous ne pouvait mieux préluder la Semaine de la Langue française et de la Francophonie qui a battu son  plein sur le Caillou du 21 au 28 mars. Voir nos reportages en visitant la rubrique SEMAINE DE LA LANGUE FRANÇAISE : cliquer sur le titre ci-dessus et dérouler le menu.

L’Alliance Champlain remercie la Ville de Nouméa, NC1ère, la Bibliothèque Bernheim qui a fourni les copies, la Cie Total Pacifique et la Banque Calédonienne et d’Industrie qui ont, respectivement, doté le concours et offert les stylos.

Et bien sûr, toutes les personnes présentes qui par leur passion de la langue française ont permis la réussite de ce très bel après-midi.

 

                                                                               

 

LE TEXTE DE LA DICTÉE (extrait de l’Ile aux cent visages, p 147, 148, 149)

 

Ils étaient trois.

Ils ne sont plus que deux.

C’est déjà un constat d’échec.

Ils étaient plantés, cailloux de quartz, au pied de la montagne qui domine Poya sur la route même qui va à la tribu de Goapin, jadis sentier canaque qui s’enfonçait dans les roches d’Adio, là où jadis les roussettes à queue faisaient leurs nids, tandis que les anguilles disparaissaient dans un creek-fantôme, rivière évanouie sous des grottes-sépultures et qui rejaillissait, fraîche, verte et vive, là-bas, sous les manguiers du vieux Metzger.

Ils étaient trois : hautes sentinelles disposées vers la hampe de trois agaves, dans une brousse de graminées et de vent. Pierres de silence, brûlées de soleil, curieusement disposées dans une étroite et géométrique convention. Mâts disjoints, menaçants, immobilisés comme des ancêtres de bois, visiblement placés en appareil de guerre dominant probablement une ancienne tragédie.

Pourquoi ? Pourquoi faut-il qu’un tel lieu, éminemment sacré, délimitant un terrain clos, pourvu d’une puissance sociale certaine, triptyque de plein-air où devaient se jouer avec force les grandes heures de la vie tribale, pourquoi faut-il qu’un bulldozer jouant au conquérant vienne délibérément en profaner le sens et, ce qui est aussi grave, pourquoi faut-il gratuitement enlever au paysage calédonien une de ses notes marquantes ?

Car elles sont belles, ces pierres, fantastiques et isolées. En ligne brisée sur la ligne de l’horizon, hautes et dynamiques, elles réalisent un chef-d’œuvre de soin et d’esthétique, sculptures quasiment vivantes surgies de l’écrin des goyaviers pleins de lumière.

Pourquoi un tel saccage et détruire ce qui serait l’enchantement d’un paysagiste, le régal d’un touriste, la réflexion d’un historien, le rêve d’un enfant.

Pourquoi entamer ce qui pose les bornes du vieux passé canaque, et comment oser écraser la beauté de cette toile de fond, l’ambiance solennelle de ces trois pierres ? Dans la seule perspective visuelle, c’est un sacrilège et ce l’est à plus forte raison de piétiner ce qu’il y avait de magie et de foi. Quel homme n’a jamais bâti son espérance sur l’appel de l’au-delà ? Vieux cailloux de Kradji, vous êtes le monument orgueilleux d’un artiste qui vous a dressés, efficients, sur le chaos de la nature, une victoire de son art et de sa magie. Ignames monstrueuses, vous êtes, ostensiblement et visiblement exposées aux fêtes et aux guerres. Qui, on se le demande, a pu trancher à vif dans ce vieux site ancien, pour le réduire et le mutiler ? Un de ceux-là, irresponsables, l’arrière train collé à un tank d’acier, persuadé que sa force est dans le « machin », celui-là qui écrase, nivelle, cimente, de sorte que le monde aujourd’hui n’en finit plus de mourir.

Aux environs de Poya à quelques encâblures de Nekliai, il y a naufrage. Les grandes voiles précises des cailloux de Kradji vont sombrer, déjà le gouvernail est à terre et cette ancre de fer qu’était le caillou-tututte, là où on appelait en écho, les tribus dispersées.

Qui jettera le S.O.S ? Qui refusera qu’on balance des vieux cailloux sacrés ?? Qui dira « Non ! » au bulldozer ?

– Le Tututte, où est-il ?

 

Texte de départage des ex aequo

Le personnage  hispide fixa l’artefact apparu sur la flèche faîtière. Une calebasse burgautée battait son flanc. Satisfait, il se fondit dans les fougères arborescentes d’où s’envola un loriquet apeuré.

 Il se pouvait que lensorceleur n’en fût pas à sa première calembredaine. (GhR)

Définitions

. Hispide : en parlant d’un végétal garni de poils ; en parlant d’une personne à la barbe ou aux cheveux hirsutes, d’aspect revêche (Webnext.Fr, Dictionnaire du français littéraire  – mots rares et difficiles – Dictionnaire culturel en langue française, Alain Rey, le Robert  )

. Artefact : Un artefact ou artéfact est un effet (lat. factum) artificiel. Le terme désigne à l’origine un phénomène créé de toutes pièces par les conditions expérimentales, un effet indésirable, un parasite. (Wikipedia – Dictionnaire culturel en langue française, Alain Rey, le Robert)

Faîtière : (au masculin faîtier) est un terme qui signifie « placé au sommet » ou faîte.  (Wikipedia – Dictionnaire culturel en langue française, Alain Rey, le Robert)

Burgauté(e) : désigne une laque incrustée de nacre (Reverso, dictionnaire en ligne –  Dictionnaire culturel en langue française, Alain Rey, le Robert)

Loriquet : oiseau de Nouvelle-Calédonie (Guide des oiseaux de Nouvelle-Calédonie, Jean Delacour, p 97 – Ed. Delachaux & Niestlé, Neufchâtel, Suisse)

Tututte ou Tutte-tutte,  variantes de tss (tss-tss) employée pour écarter  une objection, contredire -> onomatopée évoquant le son répété d’un sifflet, d’une trompette. Faire tut-tutt. Plusieurs autres graphies sont attestées (et habituelles) : tututte, tutte, tutte-tutte, etc. (Dictionnaire culturel en langue française, Alain Rey,  le Robert).

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